Artemisia Gentileschi est une peintre italienne ayant vécu dans la première moitié du XVIIe siècle. Son talent a été reconnu à son époque, et ses oeuvres montrent un point de vue féminin très fort. La violence de certaines de ses peintures est souvent attribuée au viol qu’elle a subi à l’âge de 19 ans.

 

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illustration : Manon Bauzil // retrouvez-la sur instagram : @bauz1992

Artemisia Gentileschi est née le 8 juillet 1593 à Rome. Son père, Orazio Gentileschi, est un peintre disciple du Caravage et élève seul ses trois enfants (sa mère, Prudenzia Montone, sur laquelle on a quasiment aucune d’information, est morte alors qu’elle était enfant). Artemisia grandit en regardant son père peindre et montre très tôt un talent artistique. Orazio l’encourage vivement dans cette voix.

Au début de l’année 1611, Orazio travaille pour le cardinal Scipion Borghese à la décoration d’un petit pavillon dans les jardins de son palais, à Monte Cavallo. Il se lie d’amitié avec son collègue de travail, un peintre de dix ans son cadet, Agostino Tassi, et lui propose d’enseigner à sa fille l’art de la perspective dans lequel il excelle. Artemisia, du fait de sa condition de femme, ne peut pas fréquenter les Beaux Arts.

Agostino tente de séduire Artemisia, celle-ci refuse, et Agostino la viole. Artemisia tente alors de le poignarder, et s’ensuit une dispute durant laquelle Agostino promet de l’épouser pour sauver son honneur. Manipulée et traumatisée, Artemisia accepte ces conditions, et durant les mois qui suivent, ils poursuivent une relation secrète au cours de laquelle Agostino se montre très possessif et sournois, promettant sans cesse ce futur mariage. Cela s’avère être un mensonge, car Agostino est déjà marié, mais ne vit pas avec sa femme.

Un an après le viol, le père d’Artemisia intente alors un procès à Agostino, qui débute au printemps 1612. La position d’Orazio est trouble : bien qu’il ait été au courant du viol et de la relation d’Agostino avec Artemisia, il choisit d’intenter ce procès un an plus tard, peu après le vol d’un de ses tableaux par Agostino et un de ses amis, Cosimo (qui a lui aussi tenté de séduire et d’abuser d’Artemisia). Orazio était-il réellement préoccupé par les conséquence du viol sur sa fille, viol qu’il qualifie de « mort de lui-même » (et non de sa fille…) ? Ou voulait-il juste se venger du vol du tableau ? Cette seconde hypothèse semble vraisemblable, étant donné qu’après le procès, Orazio renouera son amitié avec celui qu’il avait qualifié de traître. Mais ces éléments restent flous.

C’est la trace la plus ancienne qu’on ait d’un procès pour viol, et les retranscriptions mettent en lumière ce long et complexe processus, qui fut un traumatisme supplémentaire pour Artemisia. Elle subit des examens gynécologiques humiliants et endure la torture des sibilli, mais elle maintient sa version des faits. Agostino nie farouchement et la qualifie à plusieurs reprises de femme ayant de mauvaises moeurs.

Tout cela porte atteinte à la réputation d’Artemisia, qui n’était déjà pas très bien vue à Rome du fait d’exercer un métier d’homme. Agostino est condamné à un an de prison, et un mois après le procès, Artemisia épouse à la hâte un modeste peintre. Ils partent s’installer à Florence, où sa carrière se développe admirablement. Elle travaille notamment pour le Grand Duc Cosimo II et peint plusieurs chef-d’oeuvres, dont Judith décapitant Holopherne, où elle se représente sous les traits de Judith, tandis qu’Agostino est Holopherne. Ce tableau marque par sa violence et par la détermination impassible de Judith et sa servante, ici complices féminines dans l’acte de décapitation.

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Artemisia ne s’entend pas avec son mari, et suite à des problèmes notamment d’argent, elle s’en sépare et retourne à Rome vers 1620. Elle renoue avec son père et entreprend un voyage avec lui en Italie du Nord. Par la suite, elle passe sans doute quelques années à Venise dont il y a peu de traces, puis elle s’installe à Naples, où elle jouit d’une très bonne réputation ; plusieurs artistes admirent son talent et collaborent avec elle, et elle entretient des relations avec des personnes haut-placées.

Vers 1637, elle se rend en Angleterre à la Cour de Charles Ier pour rejoindre son père, qui y est devenu peintre. Ils travaillent ensemble pendant près d’un an, jusqu’à la mort  soudaine d’Orazio en 1639.

Par la suite, on sait qu’elle est restée quelques mois à Londres, mais ensuite on perd plus ou moins sa trace. Il est certain qu’elle retourne à Naples, où elle continue d’exercer son métier. Les dernières années de sa vie, son style Caravagesque n’est plus vraiment à la mode et elle a moins de commandes. Elle meurt en 1653.

Artemisia était une grande peintre, et ses tableaux représentent souvent des femmes pleines de force.

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Danaé – 1612
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Yaël et Sisera – 1620
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Autoportrait – 1638/39
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Suzanne et les vieillards – 1610

 

Les informations écrites dans cette biographie ont été recueillies dans le livre Actes d’un procès pour viol en 1612, suivis des lettre de ARTEMISIA GENTILESCHI, édition Des Femmes, 1983.