Dans les photographies de Marie Rouge la nuit queer parisienne côtoie la clameur des rues le jour. Portraitiste et reporter, son travail fait le pont entre les individu.e.s et la communauté dont elle parvient à capturer un je-ne-sais-quoi qui fait que parmi des milliers de photos on reconnaitrait son empreinte.

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Qu’est-ce qui dans ton parcours t’as amenée à la création ?

Au tout début, j’ai commencé la photographie assez instinctivement, car c’était l’un des premiers mediums que j’ai pu m’approprier, en empruntant l’appareil photo de mon père. Ensuite, cela a surtout été un moyen d’aller vers les autres, un moyen de rencontrer des gens qui m’intéressaient, ayant toujours été assez timide.

Tes premiers coups de coeur artistiques ?

J’ai forgé ma culture artistique en allant quotidiennement à la médiathèque de ma ville. J’ai eu un coup de cœur pour une exposition de Bettina Rheims organisée dans cette même médiathèque. J’aimais beaucoup ses mises en scène très travaillées à l’époque. Ensuite j’ai feuilleté à peu près tous les livres du rayon photo et je me souviens avoir eu un véritable coup de foudre en découvrant le travail intime et passionnant de Nan Goldin. Ses deux artistes m’ont donné envie d’en faire mon métier coûte que coûte.

Pourquoi la photographie ?

La photographie, c’est le médium avec lequel je réussis le plus à travailler de manière instinctive, sans trop conceptualiser au préalable. C’est une manière de travailler rapide et qui, étant assez auto critique, me permet de ne pas trop revenir rapidement sur mon travail toutes les cinq minutes. Un accouchement rapide et efficace, et qui laisse une belle place à la rencontre et à la collaboration.

SOCIETE-SEXUALITE
Marche Existrans, 2015
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Lors d’une soirée Wet for me, 2017

Est-ce que ta pratique artistique est engagée politiquement, et si oui de quelle façon ?

Oui et c’est surtout dans la représentation que ça s’opère : je m’attache à représenter le milieu lesbien/queer qui est pour le moment, par exemple très mal représenté à mon avis : soit par des personnes non concernées, d’une manière fantasmée ou carrément déprimante (cf : vous connaissez beaucoup de films lesbiens qui se terminent bien ?).

Quel est ton rapport à ce qu’on appelle « le monde de l’art » ? Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais voir changer ?

J’ai un peu « le cul entre deux chaises » en ce qui concerne le monde de l’art car j’expose peu et je varie entre commandes et travail plus personnel. J’ai donc un peu de difficultés à m’exprimer sur ce sujet car je n’ai pas encore vraiment l’impression d’en faire partie pour le moment. Cela dit, je trouve que ce monde de l’art gagnerait à se décloisonner un peu et à se politiser davantage, ce qui à mon avis, n’est pas vraiment aidé par « les lois du marché »…

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Comment transforment-ils la manière de montrer ton art ? Penses-tu qu’ils modifient ta manière de créer ?

J’ai un rapport très très proche aux réseaux sociaux car ils m’ont grandement permis de me faire connaître et de trouver du travail. C’est par ces réseaux que tout se passe pour moi, que l’on me contacte, ou que l’on me montre du soutien.. c’est donc assez vital pour moi. Je pense aussi qu’ils ont une influence sur ma manière de créer, notamment Instagram ou Tumblr, qui m’inspirent beaucoup et me permettent de créer des murs d’inspirations.

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Des photographes, artistes qui t’inspirent ?

Viviane Sassen, Pascal Pronnier, Maisie Cousins, Philip-Lorca diCorcia, Alec Soth, Mathieu Pernot, Rineke Dijkstra, Diane Arbus, Lucian Freud, Sian Davey…

Retrouvez Marie sur instagram @lesjouesrouges ou sur son site www.marierouge.fr !