Francesca Woodman est une photographe américaine particulièrement connue pour ses autoportraits et ses images de femmes en noir et blanc. Morte à l’âge de 22 ans d’un suicide, son oeuvre fulgurante a marqué l’Histoire de l’art et continue d’inspirer et de captiver.

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illustration : Manon Bauzil // retrouvez-la sur instagram : @bauz1992

Francesca Woodman est née le 3 avril 1958. Ses parents, George Woodman et Betty Woodman (née Elizabeth Abrahams), sont tous deux artistes. Georges vient d’une famille protestante qui s’oppose à cette union parce que Betty est juive. Mais le couple, très amoureux, se marie quand même. Ambitieux, obnubilés et passionnés par leur travail, ils élèvent leur deux enfants, Francesca et Charles, dans un environnement où l’art – et plus particulièrement leur art – est omniprésent.

Ils se rendent souvent en Italie. En 1969, ils achètent une maison à Florence et s’y installent deux ans, inscrivant leurs enfants à l’école là-bas. Ils les emmènent souvent au musée. « Quand nous allions au musée avec nos enfants, nous leur donnions des petits carnets et nous les envoyions faire ce qu’iels voulaient, en leur donnant un point de rendez-vous une heure plus tard. Comme ça, Betty et moi pouvions regarder de l’art sans être dérangés par leurs cris. » dit George. « Francesca a commencé à beaucoup dessiner, en copiant les femmes des tableaux qui avaient de belles robes. Elle a produit beaucoup de dessins, très élaborés et détaillés. »

L’art et le travail des parents a une place très importante dans l’enfance de Charles et Francesca. « Il y a eu de nombreuses fois où les enfants nous ont dit “qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ?“ et les réponses étaient “ah, il faut que j’allume mon four“ [Betty faisait de la céramique, ndlr] ou “il faut que je finisse ma peinture“. (…) Nos enfants ont appris que l’art est considéré comme hautement prioritaire. Ça doit être fait. On ne traîne pas, on n’a pas de loisirs le dimanche ou quoi. Il faut faire de l’art. »

Cette pression qui règne à la maison est peut-être un peu trop forte pour les enfants. À 7 ou 8 ans, quand une personne lui demande si elle sera peintre comme sa maman, Francesca répond : « Vous ne pensez pas qu’un-e peintre par famille, c’est bien assez ? »

Cependant, cette enfance a indubitablement forgé la personnalité de Francesca, et lui a donné des outils pour développer une certaine discipline de travail et un bagage esthétique et culturel qui se retranscrira plus tard dans ses photographies.

À l’adolescence, des tensions familiales naissent entre son frère Charles et ses parents, ce qui pousse Francesca à vouloir se scolariser dans un internat pour ne revenir que l’été chez ses parents. Durant cette période, elle commence à s’intéresser à la photographie et en fait part à son père, qui l’encourage en lui expliquant quelques rudiments techniques et en lui donnant un Yashica TLR dont il ne se sert plus. Elle utilisera cet appareil pour la plus grande partie de son oeuvre.

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Self Portrait at Thirteen (Autoportrait à 13 ans), 1972

Dès le début de sa pratique et pendant toute sa scolarité, Francesca est encouragée par ses professeur-es d’arts plastiques, qui décèlent son talent. Les photographies de Francesca sont vivantes, et incroyablement innovatrices pour son époque. La plupart d’entre elles sont des autoportraits. Elle consacre énormément d’énergie et de temps à son art.

En septembre 1975, elle intègre l’Ecole de Design de Rhode Island (RISD). Comme dit une de ses camarades, « Dans le département de photographie, elle avait la réputation de faire des oeuvre incroyables. (…) Ses concepts étaient bien au-dessus des autre élèves. En fait, nous pensions tous-tes que Francesca possédait un niveau de sérieux et des capacités artistiques que nous n’avions pas encore menés à maturation ».

En 1977, elle obtient une bourse pour passer un an à Rome. Là-bas, elle continue à prendre des photos, ambitieuse et passionnée. Bilingue italien, elle se lie d’amitié avec d’autres jeunes artistes. Elle est pleine de projets. Elle connaît des relations avec des hommes, qu’elle vit avec beaucoup d’intensité.

De retour aux Etats-Unis, elle obtient son diplôme en 1978, et s’installe l’année suivante à New York dans l’optique d’y faire une carrière de photographe.

Mais la vie à New York se révèle difficile. Non seulement la photographie n’est pas tendance dans le monde de l’art, mais en plus le travail de Francesca est incompris. En 1980, ses parents s’installent aussi à New York pour des raisons professionnelles.

Francesca tente de gagner sa vie par divers moyens, notamment en tentant de percer dans la photographie de mode, univers dans lequel elle pense pouvoir évoluer. Elle envoie des portfolios, passe des coups de fils, mais n’obtient pas de réponse, de résultat concret.

En septembre 1980, une rupture amoureuse s’ajoute à cette situation professionnelle qui semble sans lendemain. Francesca est en détresse, elle semble perdre pied. Ses parents l’encouragent à aller consulter un psychiatre, mais cela ne semble avoir aucun effet. À l’automne, elle fait une tentative de suicide. Dans une lettre à son amie de l’université, Sloan, elle écrit « Je préférerais mourir jeune en laissant derrière moi plusieurs réussites, mon travail, mon amitié avec toi et d’autres artefacts intacts, au lieu de mettre le désordre dans toutes ces choses délicates ».
Ses parents la trouvent et elle est amenée à l’hôpital. En rentrant chez elle, au téléphone, elle se confie à Sloan. « Il était clair qu’elle était malheureuse et que ça faisait un temps que ça durait. J’étais inquiète pour elle, et elle m’a dit qu’elle ne prenait plus de photos. Et ça, c’était alarmant. C’était alarmant qu’une personne qui avait passé tellement de temps à faire des photos n’en fasse plus. Je pense que c’est ce qui m’a le plus inquiétée. »

Ses parents la prennent chez eux et vivent dans la peur qu’elle fasse une nouvelle tentative de suicide. Il y a sans cesse quelqu’un pour la surveiller.

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1980

Suite à des consultations avec son psychiatre, elle prend des antidépresseurs. Elle décide de quitter l’appartement de ses parents pour retourner dans le sien et ne plus être sans cesse surveillée, ce que ces derniers acceptent, car elle semble aller mieux. Cet hiver-là, elle travaille sur un livre, Some Disordered Interior Geometries. Des autoportraits en noir et blanc sont collées sur une reproduction d’un vieux livre de géométrie italien, annoté par Francesca.

Il est publié en janvier 1981. Mais malgré cet accomplissement, tout lui semble aller mal. Le 19 janvier, elle apprend qu’elle n’a pas obtenu la bourse du National Endowment for the Arts, sur laquelle elle avait fondé des espoirs, et elle se fait voler son vélo. Son état psychologique est au plus bas et elle tente de joindre des proches par téléphone, en vain. Ce soir-là, à l’âge de 22 ans, elle se jette du haut d’un immeuble.

Malgré sa courte vie, Francesca Woodman a marqué l’univers de la photographie, et continue à influencer de nombreux-ses artistes aujourd’hui.

 

sources :

http://www.nybooks.com/daily/2011/01/24/long-exposure-francesca-woodman/
https://www.youtube.com/watch?v=5zqNUdtCwkU
https://en.wikipedia.org/wiki/Francesca_Woodman