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Annie Sprinkle est une artiste, performeuse, actrice porno et féministe pro-sexe née en 1954 aux États-Unis. De son vrai nom Ellen F. Steinberg, cette dernière s’est par la suite rebaptisée Annie Sprinkle, en référence au verbe « to sprinkle » (qui en anglais pourrait être traduit par « arroser » ou « asperger ») faisant ainsi référence aux sécrétions corporelles.

En 1990, ses nombreuses compétences convergent lors d’une performance, « The Public Cervix Announcement », qui selon Rachel Borghi, géographe et militante queer, consacre l’avènement du post-porn. Assise sur une chaise, les jambes écartées, le sourire aux lèvres, elle invite les spectateurs.rices à se munir d’une lampe torche pour venir observer son col de l’utérus. Un geste radical qui concentre nombreuses des problématiques de l’artiste ainsi que du post-porn, avec notamment une forte volonté didactique (que l’on retrouve aussi dans « the Slut and the Goddesses video workshop ») ou encore la réappropriation de son corps et de sa sexualité. Toujours avec humour, Annie Sprinkle déclare sur son site que sa volonté première n’est pas de « démystifier » le corps féminin – chose qui pour elle est impossible en ce que le corps féminin restera toujours « a very great mystery » – mais plutôt de lutter contre la désinformation et la méconnaissance de l’appareil génital féminin et d’une manière plus générale, de la sexualité et des corps. Car cette performance se veut bien loin d’une observation classique et médicale. Tout d’abord parce qu’elle est publique, mais avant tout car la volonté première reste un apprentissage et une connaissance réelle de son corps. De ce fait, Annie Sprinkle valorise un savoir empirique où la connaissance de soi et de sa sexualité mène à l’empowerment et au plaisir, se basant avant tout sur l’exploration personnelle de son corps. En outre, cette performance tend à questionner le statut d’objet que confère la production pornographique mainstream à la femme et inverse ainsi le rapport de force entre sujet/ objet : Annie Sprinkle n’est pas uniquement un « objet de contemplation », mais un sujet maître de son corps. Le.a spectateur.rice, quant à lui/elle, endosse le rôle « d’acteur.ice » : il/elle devient alors partie prenante de la performance en ce que son regard est essentiel. Annie Sprinkle va même plus loin dans l’implication de ce/cette dernier.ère en invitant les femmes à faire de même de leurs côtés. Montrer un sexe (en l’occurrence féminin) de manière frontale et décomplexée devient alors un geste politique où les frontières entre le privé et le public sont éclatées. Rachel Borghi parle de « surface expérimentale » pour caractériser les corps dans le post-porn, sur lesquelles se créé un discours visant à questionner la société et la place de la sexualité au sein de celle-ci. Enfin, avec cette performance, Anne Sprinkle s’inscrit directement dans la lignée des féministes pro-sexe, dont les volontés premières sont d’une part de déculpabiliser les femmes dans leur rapport à leur corps tout en offrant une place centrale aux métiers du sexe et à la pornographie et d’une autre à mettre en exergue la dimension cathartique de la sexualité. Une démarche qui a engendré la création de médias « didactiques » et éducatifs, notamment aux Etats-Unis mais aussi en France avec des réalisatrices telles que Ovidie.

Site officiel d’Annie Sprinkle : http://anniesprinkle.org/a-public-cervix-anouncement/

BORGHI Rachele, « PostPorn», Rue Descartes 2013/3 (n° 79), p. 2941