Romy Alizée est photographe. Dans ses images pleines de vie, dont une grande partie sont des autoportraits, elle explore sans artifices sa sexualité et le rapport à la nudité. Ce mois-ci, nous lui posons quelques questions !

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Qu’est-ce qui t’a amenée à la création artistique ?

C’est passé par plusieurs phases, plus jeune j’avais ce désir d’être vue, d’interpréter, je voulais être comédienne, j’ai fait des écoles pour ça et puis un beau jour j’ai pris mes premières photos. C’était quelque chose de totalement progressif, gamine, j’avais tout le temps la tête fourrée dans les magasines, mode, musique, et je découpais toutes les images pour en faire des journaux ou des collages sur mes murs. Un jour j’ai refait ma chambre d’images de mode jusqu’au plafond. Bref, j’aimais l’image, également beaucoup le cinéma. Mais j’avais zéro confiance en moi, même au lycée j’ai jamais osé rêver à faire une classe terminale option théâtre ou arts, donc j’ai attendu de passer par « actrice » ou « modèle » pour me familiariser à chaque fois avec la forme d’art, afin de me sentir prête à faire moi-même.

C’est intéressant que tu dises ça parce que justement je trouve qu’il y a un côté très assuré et brut dans tes photos, où ta confrontation à l’inévitable « male gaze » n’est pas dans un rapport de séduction un peu cliché. Ça doit être aussi du au fait que tu as eu du temps pour mûrir ce que tu voulais réellement montrer!

Certainement oui, je pense que ce n’est pas pour rien que j’ai attendu autant. Toute ma vie ma mère m’a répété d’être patiente, que seule la patience m’amènerait à ce que je veux, et elle avait raison. Pour ce qui est du male gaze et du côté assuré, effectivement, là dessus, j’ai totalement confiance en moi et en ce que je montre. Je ne me suis jamais sentie atteinte par les projections qu’on pouvait faire sur moi.

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Et en parlant d’image, de cinéma, quels ont été tes tous premiers coups de coeur artistiques?

En fait j’ai été envahie d’images de toute sorte gamine et ado mais sans avoir jamais les sources. J’étais abonnée à Vogue donc je voyais quand même de belles images, de mode certes, mais à cette époque c’était des séries photos assez dingues, puis au cinéma, un gros penchant pour les films de genre, les films un peu punk sur les bords. Concernant la photographie, j’y connaissais quasiment rien jusqu’à ce qu’un jour ma meilleure pote me file un bouquin de Nan Goldin. J’ai aimé et je me suis un peu intéressée au journal intime en photo. Mais même si j’ai commencé par ça, le journal intime, je pense pas que Goldin, Petersen and co soient les artistes qui m’aient le plus inspirée, les images que je produis sont le fruit de 29 ans de culture érotico-porno, de male gaze à tout va, de besoins d’héroines qui parlent et qui me sortent l’enfer où les femmes ne sont que des culs et des seins. Pour ça que j’ai surtout trouvé mes héroïne dans la musique avec Lydia Lunch, Kim Gordon, Kim Deal, Peaches…

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Tu as déjà été comédienne avant d’être photographe, mais est-ce que tu as tenté encore d’autre manières de créer ? Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans la photographie ?

J’ai un peu écrit aussi, par contre jamais dessiné ni peint. J’aime la photographie car c’est figé donc ça pose à priori des contraintes à la création, car je suis obligée de penser mon image, et en même temps une image figée permet de laisser libre cours à l’interprétation, à l’imagination. On peut fantasmer beaucoup à partir d’une image. Par rapport à ce que je fais, il y a une distance créée entre mes photos et les personnes qui les regardent, qui peuvent être étonnées excitées ou se demander quel est mon propos, dans un film, ce serait presque donner trop de clés. Une image ça reste et ça s’imprime dans la rétine.

Considères-tu tes photos comme étant intimement en lien avec tes convictions ? Comment ressens-tu ce croisement entre ton art et tes opinions politiques ?

Oui totalement. Non pas que je le décide réellement, mais je ne pourrais pas créer sans une forme d’engagement, peut-être un jour, qui sait, mais je transpire par tous les pores de ma peau ce que je lis/vois/écoute, et disons que j’ai beaucoup de choses à exprimer, et puis quand on parle de photo érotique, de porno, c’est presque en soit un acte politique que de le faire délibérément. Maintenant, quand je fais une image où je me mets en scène je pars de tout un tas de choses, de fantasmes ou de trucs qui peuvent me poser question et m’amener à réagir en photo. Je produis de façon assez spontanée, j’ai des tas d’idées, que je concrétise ou pas. Par ailleurs je ne suis pas surprise qu’on trouve mon travail audacieux car en ces temps modernes, même si la nudité et l’exposition de soi ont trouvé une place dans la vie de beaucoup de gens, le fait d’y prendre aussi position reste plus marginal. On le voit avec le travail de Deborah de Robertis par exemple.

 

Que penses-tu des réseaux sociaux en tant qu’outil pour montrer du travail ? Par exemple, par rapport à cette prise de position, trouves-tu qu’ils te limitent ou te libèrent ? Et de manière générale, que t’amènent-ils, ou t’enlèvent-ils ?

J’en ai une utilisation assez normale d’une personne qui fait de l’image. Instagram est un outil de diffusion dont je connais les limites, à savoir, la censure des images de nu, pour autant, j’ai arrêté de trouver ça chiant ou de me plaindre après une suppression d’image car je n’ai pas trouvé mieux pour faire de la communication (je trouve twitter horrible bien qu’on puisse y montrer de la pornographie). Je diffuse donc ce qui est possible, le reste, je le montre en expo ou dans des livres et c’est tant mieux, ça me permet de garder certaines images un peu secrètes. Je ne fais pas mes images en fonction des réseaux sociaux, ils n’interfèrent jamais dans mon processus de création. Ils ne sont que des outils et pour le coup j’ai déjà été publiée dans la presse ou été invitée à exposer via leur utilisation… Par contre, la profusion d’images disponibles rend le tout un peu moins séduisant qu’aux débuts d’instagram. Je ne poste quasiment plus de stories et ne like que peu souvent des images car je me trouve souvent sotte à passer tant de temps par jour les yeux sur mon écran.

Des photographes, artistes qui t’inspirent ?

Je suis plutôt inspirée par des femmes artistes autour de moi, des initiatives féministes, des discours militants, des trucs que je lis, que j’écoute. C’est plus mon quotidien très immergé dans les questions de féminisme, de sexualité, de genre qui m’inspire que des grands noms de la photographie ou de l’art, même si j’ai quelques références connues.

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Où est-ce qu’on peut voir tes photos exposées prochainement ?

Je sors mon premier livre « Furie » aux éditions Maria Inc. Il sera disponible le 18 avril à la super librairie Zeugma (Montreuil) lors d’une séance de signature un peu particulière. Pour les personnes qui ne pourront pas venir, le livre est disponible sur mariaincorporated.com. Également, j’expose une quinzaine d’images à la galerie Dièse22, dans une expo collective intitulée « Illusions Charnelles ». Le vernissage aura lieu le jeudi 12 avril et durera un mois. Après ça, je tournerai quelques petits films coquins.

Retrouvez Romy sur instagram @romixalizee et sur son site https://www.romyalizee.fr/ !