Tatoueuse, peintre, créatrice, Charline Bataille est une artiste à multiples facettes basée à Montréal. Son esthétique explosive est reconnaissable au premier coup d’oeil. Artiste engagée, elle représente des personnages à la fois mignons et féroces qui défient l’ordre établi.

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Qu’est-ce qui dans ton parcours t’a amenée à la création ? Quels ont été tes premiers coups de coeur artistiques, tes premières influences ?

Ma mère est sûrement la première influence que j’ai eue! Toutes les deux, on est obsédées par le visuel, la beauté, la cohérence! Quand j’étais jeune, je me rappelle, si elle ne trouvait pas ce qu’elle voulait, elle le faisait elle-même! Elle achetait des meubles de seconde main et les peignait à la main, elle a démarré sa compagnie de graphisme dans sa vingtaine, elle est vraiment quelqu’un qui attend pas que les choses lui soient données, elle créé ce qu’elle a besoin de voir dans le monde ! J’ai l’impression que c’est dans cet esprit que j’ai commencé à tatouer, je ne voyais pas de tattoos qui me plaisaient alors j’ai voulu le faire moi même. Autrement, mes dessins ont toujours été profondément autobiographiques.

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Tu crées sous différentes formes : tatouage, dessin, peinture, volume, et même peinture sur vêtements ! Est-ce que tu as une préférence parmi ces manières de créer (et si oui, pourquoi) ?

C’est sur que tatouer, c’est totalement fascinant. Ce médium la est complètement différent parce que chaque tattoo que je fais est comme une collaboration avec la cliente. J’apprends beaucoup et ça me pousse à explorer des imageries et des sentiments qui viennent de l’extérieur de moi, c’est vraiment enrichissant. Pis c’est sur c’est aussi vraiment cool comme médium! Les machines, la permanence, le fait que l’art bouge et voyage. Peindre, c’est plus personnel. Je le fais quand j’en ai besoin, c’est une thérapie. La sculpture c’est une exercice de patience. J’aime tous les médiums, je trouve que je suis chanceuse de pouvoir tout les utiliser, ça garde les choses piquantes!!

Considères-tu ta pratique artistique comme engagée politiquement ?

Ouais c’est sûr ! Je tatoue des gens queers en majorité et je passe beaucoup de temps à parler de corps et d’expériences de vie avec eux. Pour moi, c’est ma preuve que mon travail est queer. Je dessine des personnes laides, poilues, grosses, j’essaye de créer des images qui normalisent mes amis.

Je pense aussi que le fait que je partage beaucoup de mes sentiments et pensées sur Instagram sans vraiment m’en faire sur le fait que c’est pas “professionnel” c’est une façon d’adresser l’accessibilité ou le manque de dans les attentes du capitalisme. Une façon de créer un moule dans lequel être vulnérable n’est pas un obstacle au succès.

Quelle est ta place dans le monde de l’art, et plus spécifiquement le milieu du tatouage ? Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais voir changer ?

A place with nobody to stare at non binaries bodies, a place with no culturally appropriative images on the walls, a place with no intrusive forced HIV disclosure and shaming, a place with consent forms that ask for the person’s pronouns, a place that is wheelchair accessible, a place that hires and give managing positions to people of colour.
As white tattooers, we have to step down, we have to take less space. A place where you don’t need to be ‘professional’, meaning a place where it is known and celebrated that you, as a client or worker, are a person with feelings. A place that doesn’t except you to hide your feelings, put on a fake face, be courteous. A place where you can truly connect and be yourself. A place where you don’t need to build a tough skin to survive, a place where your own skin is always enough. A place that offers sliding scales.
A place that holds regular meetings to address racism and a place that acknowledge the origin of tattooing, a place that does NOT think that tattooing is a only hundreds years old.
A place that doesn’t glorify violent colonisation images, A place where Sailor Jerry isn’t a God. A place that does not exploit people. A place that gives a living wage to all.
A place where HIV and hepatitis C are NOT seen as disgusting or something to joke about.
A place where fat people are seen as beautiful and where tattoos on skins full of cellulites still make it on instagram, a place where, as soon as they come in, women dont feel intimidated, a place that takes sexual assaults seriously.

 

(traduction par le collectif)

Un lieu où personne ne dévisage les corps non-binaires, un lieu sans images qui approprient des cultures, un lieu sans obligation intrusive de dévoiler son statut séropositif et sans honte, un lieu avec des formulaires de consentement qui demande les pronoms de la personne, un lieu qui est accessible en fauteuil roulant, un lieu qui engage et donne des positions de management au personnes racisées.
En tant que tatoueur-euses blanc-hes, nous devons passer la main, nous devons prendre moins d’espace. Un lieu où on n’a pas besoin d’être « professionnel-le », c’est-à-dire un lieu qui est connu et célébré pour soi, en tant que client-e ou travailleur-euse, en tant que personne ayant des sentiments. Un lieu qui qui ne nous demande pas de cacher nos sentiments, créer un masque, être courtois-e. Un lieu où nous pouvons réellement nous rejoindre et être nous-même. Un lieu où l’on n’a pas besoin d’avoir la peau dure pour survivre, un lieu où être dans sa propre peau est toujours assez. Un lieu qui propose un barème dégressif.
Un lieu qui tient des réunions régulières pour parler de racisme et un lieu qui reconnaît l’origine du tatouage, un lieu qui ne pense PAS que tatouer n’a qu’une centaine d’années.
Un lieu qui ne qui ne glorifie une imagerie colonisatrice violente, Un lieu où Sailor Jerry n’est pas un Dieu.
Un lieu qui donne un salaire décent à toustes.
Un lieu où le sida et l’hépatite C ne sont pas vues comme dégoûtants où comme des sujets de blagues.
Un lieu où les personnes grosses sont vues comme belles et où les tattoos sur des peaux pleines de cellulite sont postés sur instagram, un lieu où, dès qu’elles entrent, les femmes ne se sentent pas intimidées, un lieu qui prend les agressions sexuelles au sérieux.

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Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Comment transforment-ils la manière de montrer ton art ? Penses-tu qu’ils modifient ta manière de créer ?

Bon, alors Instagram c’est une énorme parti de mon travail. C’est un outil de business que je prends au sérieux.
Ça change ma façon de travailler parce qu’il est inévitable, je suis influencée par ce qui “pogne”.. en même temps, c’est un outil qui m’a permit de connecter avec des tatoueurs à travers le monde. Je peux voyager partout. C’est vraiment magique !
Suivez Charline sur instagram @charlinebataille et sur tumblr