Annie Pootoogook était une artiste avant-gardiste canadienne Inuk qui, au moyen de ses crayons de couleur et de ses stylos, a fait connaître sa vie quotidienne et celle de sa communauté au Cape Dorset, au Nunavut dans le nord du Canada.

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Illustration : Manon Bauzil @bauz92

Née en 1969, Annie Pootoogook a grandi dans une famille d’artistes. Ses dessins sont d’ailleurs directement inspirés de sa mère Napachie Pootoogook, graphiste reconnue, et sa grand-mère Pitseolak Ashoona, artiste accomplie. Son père, Eegyvudluk Pootoogook, était quant à lui graveur et sculpteur.

Elle commence sa carrière à 28 ans dans la West Baffin Eskimo Co-operative (aujourd’hui Kinngait Studios), à Cape Dorset, qui commercialisait l’art inuit dans le but de sortir les communautés de la pauvreté. Elle était principalement connue pour ses dessins aux crayons de couleur et au stylo représentant des scènes intimes contemporaines de la vie des familles inuites.
Comme sa cousine Shuvinai Ashoona, elle a adopté une nouvelle forme d’expression qui diffère des représentations traditionnelles inuites dans les arts du Nord. Leurs œuvres s’inspirent de leur vécu dans un Nord moderne au détriment des thèmes récurrents de l’art inuit telles que les légendes et les mythes autochtones ou encore les animaux.

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Playing Super Nintendo, 2003-4

Son art a illustré trois sujets principaux.
Premièrement, les expériences quotidiennes de la vie des femmes autochtones vivant dans le Nord canadien. Deuxièmement, les difficultés rencontrées par les collectivités autochtones du Nord, et troisièmement, l’impact de la technologie sur la vie traditionnelle des Inuit.
Ses dessins, tantôt légers et humoristiques, tantôt plus sombres, abordent des thèmes comme la violence familiale et l’alcoolisme. Son art est à la fois graphique, émotionnel, de qualité journalistique et surtout réalisé avec beaucoup de détachement. Les personnages sont de face ou de profil, présentés de manière très simple.

Elle a reçu en 2006 le prestigieux prix Sobey pour encourager les jeunes artistes canadiens de moins de 40 ans. Ses œuvres ont été montrées lors d’expositions nationales comme à la galerie d’art commerciale Feheley Fine Arts et à la galerie d’art The Power Plant à Toronto, ou également lors d’expositions internationales en Allemagne et aux États-Unis.De plus, certaines de ses œuvres se trouvent au Musée des Beaux-Arts du Canada.

Annie Pootoogook a quitté en 2007 le Cape Dorset pour venir s’installer à Ottawa. Malheureusement, on raconte qu’elle a dû faire face à des problèmes de toxicomanie et à la pauvreté.Elle a été contrainte à vivre dans la rue.
Dans ces conditions difficiles, elle donna naissance à une petite fille qui sera adoptée par Veldon Coburn, Anishinaabe et spécialiste des questions autochtones à l’Université de McGill.

Elle décède tragiquement à 47 ans en 2016. Son corps est retrouvé dans le Canal Rideau à Ottawa. Le Groupe des crimes majeurs de la police d’Ottawa est toujours en train de mener l’enquête sur les causes de sa mort.
Plusieurs jours après le décès d’Annie Potoogook, le sergent Chris Hrnchiar a commenté qu’« il pourrait s’agir d’un suicide accidentel : elle était ivre, est tombée dans le canal et s’est noyée ». Il a rajouté qu’« une grande partie de la population autochtone du pays se satisfait d’être des alcooliques et des toxicomanes ». Ces commentaires ont été grandement condamnés comme étant racistes et une enquête interne sur la conduite du policier a été lancée.
Le décès d’Annie Pootoogook a eu beaucoup de visibilité médiatique, car elle était reconnue en tant qu’artiste renommée du Canada. Mais trop souvent, les décès ou disparitions de femmes autochtones ne sont pas relayés par les médias. En avril 2014, la Gendarmerie royale du Canada affirmait avoir identifié 1181 cas de femmes autochtones assassinées ou disparues depuis 1980. Ce phénomène a depuis longtemps été dénoncé par les associations de femmes autochtones et leurs allié-e-s. Memee Lavell-Harvard, présidente de l’Association des Femmes Autochtones de l’Ontario et doctorante en Éducation, et Jennifer Brant, Mohawk et enseignante à la faculté d’Éducation à l’Université de Brock, soutiennent que la violence envers les femmes autochtones est un problème sociologique qui prend racine dans l’histoire de la nation canadienne au croisement du colonialisme, du racisme et du sexisme.

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Untitled (Kenojuak and Annie with Governor General Michaëlle Jean), 2010

Ce qu’Annie Pootoogook a accompli lors de sa vie la place parmi les plus grands artistes contemporains du nord du Canada.
En février 2018, une exposition intitulée « Annie Pootoogook, Une impression indélébile », à l’affiche à la Collection McMichael d’art canadien, à Kleinburg, en Ontario, a mis à l’honneur les œuvres de l’artiste dans le respect des désirs de sa communauté d’origine. En effet, Nancy Campbell, la commissaire de l’exposition affirme qu’« Ils souhaitaient qu’on se souvienne d’elle pas seulement pour ses images saisissantes montrant la part sombre de la vie de la communauté, mais aussi pour celles présentant les réalités beaucoup plus positives de Cape Dorset : le sens de l’entraide, le camping, la famille, le quotidien » (2018).

Une biographie écrite par Lisa Van Campenhout

 

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Pootoogook

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/annie-pootoogook/

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1063292/lenquete-sur-la-mort-suspecte-dannie-pootoogook-a-ottawa-serait-inconcluante

  1. M. Lavell-Harvard et J.Brant (édit.), Forever loved : Exposing the hidden crisis of missing and murdered indigenous women and girls in Canada (p. 1-13). Bradford: Demeter Press.

Gendarmerie royale du Canada. (2014). Les femmes autochtones disparues ou assassinées : Un aperçu opérationnel national. Canada. [Document PDF]. Récupéré de http://www.rcmp-grc.gc.ca/pubs/mmaw-faapd-fra.pdf

https://www.beaux-arts.ca/magazine/artistes/en-souvenir-dannie-pootoogook#