Zanele Muholi est une photographe Sud-Africaine née en 1972. Son travail s’articule autour des problématiques LGBT, du féminisme et du racisme. Pour l’oeuvre de la semaine, nous avons choisi de nous focaliser sur « Faces and Phases », une série de portraits en noir et blanc étendue sur huit années (2006-2014), agrémentée de témoignages.

Ci-dessous, des extraits du texte d’introduction du livre.

« Ce qui était à la base un projet visuel est devenu la création d’une archive photographique sans précédent de ma communauté et de notre pays.[…]

Faces and Phases est pour moi à la fois extrêmement personnel et profondément politique : un acte de recherche, de résistance, transgressant les limites des oppressives structures de pouvoir raciales, sexuelles, de classe et de genre.

Personnellement, je n’ai pas d’arbre généalogique documenté, et malheureusement je n’ai aucune photographie de mes grand-parents maternels et paternels. Bien que cet effacement est délibéré et qu’il est une vérité pour de nombreuses familles Noires de part le monde, ce point commun n’annule pas mes sentiments de désir, d’incomplétude, et je crois que si je pouvais voir leurs visages, une partie de moi ne se sentirait pas si vide.[…]

Quand j’étais petite […] de nombreux pays Africains se battaient pour sortir du colonialisme Européen, et le nationalisme Noir était plus fort que jamais.[…]

Notre lutte actuelle, alors que nous commémorons les 20 ans de démocratie en Afrique du Sud, est contre les « viols correctifs » que les lesbiennes et les hommes trans Noir-es continuent de subir et contre les meurtres brutaux de nos amant-es et ami-es.[…] Bien souvent, avant même que l’organisation commence, le simple fait d’exister ou de vivre est le début ultime de la conscience politique, un acte de résistance et de transgression.[…]

Je veux montrer publiquement, sans honte, que nous sommes des individu-es téméraires, Noir-es, beaux/élégant-es et fièr-es. Ça me guérit de savoir que j’ouvre la voie à d’autres qui, en désirant faire leur coming out, peuvent regarder les photos, lire les biographies et comprendre qu’iels ne sont pas seul-es.»