Petrona Viera est une peintre uruguayenne malentendante qui a fait partie du mouvement artistique El Planismo. Elle est surtout connue pour ses tableaux représentant des scènes de jeux d’enfants.

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Illustration : Manon Bauzil @bauz92

María Petrona Viera Garino est née le 24 mars 1895 à Montevideo. Son père est un homme politique qui sera plus tard président de l’Uruguay, et sa mère est femme au foyer qui s’occupe de leurs onze enfants.

À l’âge de deux ans, Petrona souffre d’une méningite qui cause chez elle la perte de l’audition. À cette époque, il n’y a pas d’école ou d’enseignement prévu pour les enfants sourd-es, mais grâce à leurs moyens financiers, ses parents emploient une enseignante qui lui apprend la langue des signes et à lire sur les lèvres. Petit à petit, Petrona est capable de communiquer un peu avec sa famille. Elle apprend également les rudiments de la lecture et de l’écriture, mais sans pouvoir aller très loin.

L’enfant montre tôt un intérêt pour l’art, et est encouragée par sa famille qui la poussent à étudier le dessin et la peinture.

À l’âge de vingt ans, elle prend des leçons avec le peintre catalan Vicente Puig. Cela dure deux ans, puis il part à l’étranger, et c’est à ce moment qu’elle rencontre Guillermo Laborde, un professeur qui lui fait connaître El Planismo. Mouvement de peinture uruguayen, El Planismo met en exergue la bidimensionalité de l’image, en « aplatissant » la perspective. Les couleurs utilisées sont lumineuses et il n’y a quasiment pas de clair obscur ; les personnages et le paysage sont traités de la même manière, et il y a peu de détails. En gros, la couleur a une très grande importance dans ces peintures, beaucoup plus que l’ombre, la lumière, la perspective ou les détails.

Contrairement aux autres peintres du mouvement, qui peignent majoritairement des paysages, Petrona adopte un angle plus intime en représentant la vie quotidienne qui l’entoure, comme les enfants qui jouent ou étudient, ses soeurs en train de coudre ou de cueillir des fruits. On ressent beaucoup sa position d’observatrice extérieure : il est rare que les personnes soient face à elle, et elles sont souvent en groupe. On peut voir cela comme sa manière d’exprimer sa place en tant que personne malentendante parmi les entendants. Il est aussi intéressant de noter que lorsqu’elle fait des portraits où l’on distingue les traits du visage, généralement le sujet regarde vers l’extérieur.

En 1923, elle expose pour la première fois à Montevideo, et est très bien reçue par les critiques. Suite à ce premier événement, elle enchaîne les expositions, exposant à l’étranger : Buenos Aires en 1931 et Paris en 1938.

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Autoportrait

Guillermo Laborde est l’un de ses seuls amis. Sa mort en 1940 l’affecte beaucoup. Suite à ce décès, son travail prend une nouvelle direction. Elle peint davantage de paysages, de fleurs, s’éloignent des sujets humain-es. Elle apprend aussi la gravure avec un nouveau professeur, Guillermo Rodrìguez.

À la fin des années 50, Petrona sort moins de chez elle. Elle continue à faire des estampes et à peindre, dans des formats plus petits, et avec une technique tendant vers l’abstraction.

En 1959, sa soeur Luisa, de qui elle est très proche, meurt d’un cancer. Peu après, Petrona tombe également malade, mais elle n’en informe personne. Ce n’est que quand elle ne peut plus le cacher qu’elle se rend chez le médecin. C’est aussi un cancer. Elle est opérée dans l’urgence. De retour chez elle, elle détruit une partie de son oeuvre et classe le reste. Elle dessine un autoportrait avant sa seconde opération.

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Autoportrait

Après l’opération, elle en dessine un autre plus enjoué (malheureusement nous n’avons pas d’image de celui-ci).

Elle meurt six mois plus tard, le 4 octobre 1960, à l’âge de 65 ans.

 

sources :

http://www.cultura-sorda.org/petrona-viera/
https://ukdhm.org/petrona-viera-may-1895-oct-1960-deaf-artist-uraquay/
https://es.wikipedia.org/wiki/Petrona_Viera