Pour l’oeuvre de la quinzaine, nous avons choisi ce magnifique photo-reportage. Voici une traduction du texte sur leur site, qui explique la démarche artistique et politique.

Les représentations de personnes transgenres âgées sont quasiment absentes de notre culture, et celles qu’on voit sont souvent sans profondeur.

Pendant plus de cinq ans, la photographe Jess T. Dugan et l’assistante sociale Vanessa Fabre on voyagé à travers les Etats-Unis pour créer « To Survive on This Shore : Photographs and Interviews with Transgender and Gender Nonconforming Older Adults » (Survivre sur cette rive : Photographies et interviews d’adultes âgé-es transgenres et aux expressions de genre non-conformes).

Elles ont voyagé de la côte Ouest à la côte Est, des grandes villes aux petites bourgades, cherchant des individu-e-s dont l’histoire de vie mêlait de complexes intersections entre l’identité de genre, l’âge, la race, l’ethnie, la sexualité, la classe socioéconomique et l’emplacement géographique, documentant les histoires de vies de ce groupe important mais largement sous-représenté de personnes âgées.

Les récits de ces personnes sont variés et s’étendent sur les 90 dernières années, offrant un registre historique important de l’expérience et de l’activisme transgenre aux Etats-Unis. Les portraits et histoires qui en ressortent donnent un point de vue nuancé, nous plongeant au sein des luttes et des joies de la vieillesse abordée du point de vue de personnes transgenres et offrent une réflexion poignante sur ce que cela signifie que de vivre authentiquement malgré des obstacles d’apparence insurmontable.

Nous avons traduit des extraits de certains témoignages, mais si vous parlez anglais nous vous encourageons vivement à aller les lire sur le site du projet photo en cliquant ici.

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Duchess Milan, 69, Los Angeles, CA, 2017

Je sais juste que je suis moi. Je ne pense pas en termes de noms, de formulaires et toutes ces choses là. Je suis juste moi, c’est qui je suis. Je suis en paix avec moi-même. C’est le sentiments le plus merveilleux du monde parce que vous n’êtes jamais en train de courir après quelque chose pour prouver à qui que ce soit que vous êtes qui vous savez être. Je sais qui je suis, et ce que les autres pensent ne me regarde pas. Voilà qui je suis. Je m’identifie en tant que Duchesse. (…)

Duchess Milan, 69, Los Angeles, CA, 2017

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Freya, 51, Minneapolis, MN, 2015

(…) cette année, mon rabbin a été d’un grand soutien. Si ma femme ou moi avons besoin de conseils, sa porte est ouverte. Après mon changement de nom public, il m’a invitée à avoir un petit rôle cérémonial lors d’un des services religieux pour les Fêtes. Il y a un moment durant le service, après la lecture de la Torah, où celle-ci est ouverte pour révéler trois colonnes, elle est tenue par une personne au-dessus de la table. On la tourne pour la montrer à toute la congrégation, puis on la referme. C’est un rôle cérémoniel, la Hagbah, et il se trouve que les noms de celleux qui le pratiquent sont imprimés dans le programme. En fait, je pense que le rabbin avait cherché un moyen d’imprimer mon nom dans le programme, du coup plein de gens sont venus me voir en me disant « Hey, félicitations ! Tu as changé ton nom ! » ou « Oh, c’est super ! ». Ça a été tellement confortant qu’iels m’acceptent, acceptent la personne que je veux être. Alors notre communauté religieuse a été un élément extrêmement important pour toute notre famille. (…)

Freya, 51, Minneapolis, MN, 2015

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Preston, 52, East Haven, CT, 2016

(…) Mon coming out auprès de ma famille a été assez facile. La plupart de mes proches m’ont dit « On attendait juste que tu nous le dises ». Ma mère a fait un commentaire similaire, et me souvient d’avoir été un peu en colère parce que je me disais « mais si tu savais, pourquoi tu n’as rien dit ? » J’avais l’impression de traverser tout ce déchirement intérieur, toutes ces années, et les gens savaient ? Je veux dire, personne ne m’a donné un indice. Tout le monde attendait que je le dise, vous savez. C’était fou. C’était un moment fou, mais beau en même temps. (…)

Preston, 52, East Haven, CT, 2016

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Linda, 60, Chicago, IL, 2016

(…) Mes parents ont immigré de Chine. Iels sont venus ici pour étudier avant que les communistes viennent au pouvoir, alors même s’iels voulaient revenir, le FBI les en empêchait. Et bien sûr, si moi et mon frère étions nés en Chine, ma vie aurait été complètement différente. Mon père était quasiment sourd et aveugle pendant les deux dernières années de sa vie, alors c’était difficile de communiquer avec lui. Je me suis dit que je ne lui dirais pas avant de ne plus avoir d’autre choix que de le faire. Lorsqu’il est mort, je n’ai pas été surprise parce qu’il survivait à tout le monde, toustes ses ami-es et camarades de classe. Alors au final, je ne lui ai jamais dit. Je regrette qu’il n’ait jamais connu sa fille, mais d’un autre côté, essayer de lui expliquer cela alors qu’il était déjà difficile de parler avec lui de trucs normaux aurait été trop compliqué. (…)

Linda, 60, Chicago, IL, 2016

 

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Debbie, 61, and Danny, 66, St. Joseph, MO, 2015
(…) J’ai commencé ma transition à l’âge de 64 ans. Mon cardiologue était réticent à l’idée de me donner de la testostérone à cause de mon âge. J’étais aussi en surpoids et ma tension artérielle était élevée. Finalement j’ai pris des demi-doses, et au bout de trois mois j’ai commencé à prendre des doses complètes. C’était génial. Je commençais très rapidement à avoir des poils sur le visage et sur le corps et ma voix est devenue grave presque instantanément. Mais ensuite j’ai eu un AVC, alors j’ai du arrêter d’en prendre. Toute la masculinisation que j’avais eu, je l’ai perdue en un an et demi sans testostérone. J’essaie vraiment de ne pas trop y penser. J’ai eu la chance, après 64 ans ans, d’enfin être heureux et être qui je suis. De regarder dans le miroir et de voir le mec que j’aurais du être pendant toutes ces années. Et maintenant ça ne va pas se passer. Aucune chance. (…)
Debbie, 61, and Danny, 66, St. Joseph, MO, 2015
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Sky, 64, Palm Springs, CA, 2016
(…) Je suis aussi un papa. Mon fils a eu onze ans la semaine dernière. En fait, c’est mon petit-fils ; ma fille est décédée d’un cancer il y a six ans. Lorsqu’elle est morte, il a compris très rapidement qu’il n’avait ni maman ni papa, alors on l’a laissé libre de comprendre comment il ressentait cela et ce qu’il voulait faire. Et il a décidé qu’il voulait des pères. Je pense que c’est assez clair qu’on est des grand-pères, mais ça ne lui convient pas. On l’a laissé choisir des noms pour nous, alors je suis Papa et mon partenaire est Daddy Bear. Et il nous présente toujours comme ses pères. (…)

Sky, 64, Palm Springs, CA, 2016