Ces quatre artistes ont été nominées pour le plus grand prix d’art allemand – et maintenant elles le dénoncent

ce texte est une traduction d’un article publié sur artnet le 10 novembre 2017.


Les nominées ont publié une déclaration dénonçant l’accent mis par le prix sur leur genre, nationalités et sponsors – et l’absence de rémunération des artistes.

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Jumana Manna, Sol Calero, Iman Issa, Agnieszka Polska (de gauche à droite) © Foto: David von Becker

Quelques semaines à peine après qu’Agnieszka Polska soit annoncée comme gagnante de l’éminent prix d’art Allemand, the Preis der Nationalgalerie, les quatre candidates présélectionnées —dont Polska— ont publié un une déclaration commune condamnant la manière dont le prix gère les relations publiques, le programme de parrainage, et le manque d’honoraires.

Sol Calero, Iman Issa, Jumana Manna, et Agnieszka Polska ont été nominée plus tôt cette année pour le prix, qui est destiné à un-e jeune artiste basé-e en Allemagne. Le fait que cette première sélection soit composée uniquement de femmes, toutes de nationalités étrangères, a été hautement médiatisé. Dans une publication envoyée à artnet via email, les quatre femmes ont noté que, à travers des discours sur le prix et des communiqués de presse, leur genre et nationalités étaient relevées et soulignées beaucoup plus fortement que leur contenu de leur travail.

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Première sélection pour le Preis der Nationalgalerie 2017. À partir de la gauche : Iman Issa, Agnieszka Polska, Sol Calero, et Jumana Manna.

“Nous aimerions mettre l’accent sur le fait que s’engager pour la diversité en matière de genre, race, et d’expérience doit passer par construire chaque jour à travers le fonctionnement des institutions et organisations plutôt que d’être célébré occasionnellement lors d’événements à haute visibilité », ont-elles écrit.

Le groupe décrit aussi la lourdeur du mécénat lors des événements du prix. Souvent, disent-elles, les sponsors du prix ont pris la priorité sur l’échange avec les artistes. « La cérémonie pour le Preis der Nationalgalerie semblait être plus une célébration des sponsors et des institutions qu’un moment pour engager le contact avec les artistes et leurs travaux », ont-elles écrit. Le prix est sponsorisé par le fabricant d’automobiles de luxe BMW, dont le logo et les slogans étaient omniprésents tout au long de la cérémonie et de l’exposition.

Les artistes ont aussi critiqué l’échec du prix à inclure une récompense financière. “Les artistes contribuent grandement au prestige de ce prix, et leur travail, comme toute autre forme de travail, doit être rémunéré de manière proportionnelle”, ont-elles écrit. La Nationalgalerie n’a offert aucun prix en argent depuis 2011. En lieu et place, le/la gagnant-e bénéficie d’une exposition personnelle dans un des musées du pays ainsi qu’une monographie, ce qui peut doper la carrière du ou de la gagnant-e.

En réponse à cette déclaration des nominées de 2017, l’institution a fait savoir à artnet via email que “La Nationalgalerie accueille la déclaration des quatre nominées du Preis der Nationalgalerie 2017. Nous prenons ces problèmes très au sérieux, et nous sommes déjà en contact avec Sol Calero, Iman Issa, Jumana Manna, et Agnieszka Polska pour discuter ouvertement de ces éléments fondamentaux.”

Lire la publication entière des quatre artistes ci-dessous :

9 novembre 2017

En tant que nominées du Preis der Nationalgalerie, nous avons décidé de publier une déclaration commune concernant notre expérience. Notre déclaration a pour but de mettre en relief et de recommander des changements sur trois aspects problématiques du prix, que nous trouvons être indicatifs de tendances plus larges et grandissantes au sein du domaine des arts et qui méritent donc l’attention du public.

I.

Le Preis der Nationalgalerie, accueilli par le Hamburger Bahnhof – Museum für Gegenwart – Berlin, est un projet initié par la Nationalgalerie, la Staatliche Museen et Freunde der Nationalgalerie, avec BMW comme sponsor principal. En apparence, nous comprenons que l’intention de ce prix est de soutenir et de donner une place à des positions et pratiques artistiques sérieuses en Allemagne.

En gardant cela à l’esprit, nous avons été troublées par l’emphase constamment mise, dans les dossiers de presse et dans les discours publics, sur notre genre et nos nationalités, plutôt que sur le contenu de notre travail. Il nous paraît clair que dans un monde plus égalitaire, notre genre et nos origines nationales seraient à peine remarqué-es. Les voir constamment mis en exergue ne peut être qu’une indication de combien nous sommes loin d’un monde égalitaire. En outre, l’utilisation de la diversité auto-congratulatrice comme outil dans un contexte de relations publiques risque de masquer les inégalités systémiques très réelles qui continuent de persister à tous les niveaux dans notre domaine de travail.

Nous aimerions mettre l’accent sur le fait que s’engager pour la diversité en matière de genre, race, et d’expérience doit passer par construire chaque jour à travers le fonctionnement des institutions et organisations plutôt que d’être célébré occasionnellement lors d’événements à haute visibilité.

II.

La cérémonie pour le Preis der Nationalgalerie semblait être plus une célébration des sponsors et des institutions qu’un moment pour engager le contact avec les artistes et leurs travaux Le prix a été annoncé à la fin de nombreux discours et performances, qu’on ne peut que décrire comme un long processus de dévoilement. Une solution à cela aurait été d’annoncer la gagnante avant la cérémonie et de laisser à la cérémonie la chance d’être un moment pour faire la fête, permettre à la lauréate de s’exprimer, et échanger sur les pratiques des artistes.

Certaines conventions, qui fonctionnent peut-être dans le monde corporatif et les industries du divertissement, semblent déplacées lorsqu’elles sont appliquées au domaine de l’art. La remise du prix n’a pas besoin d’être structurée d’une manière qui insinue un sentiment de compétition entre des gens qui ne sont en fait pas en compétition. Structurer cela de cette manière donne lieu à la création d’obstacles à la solidarité, la collectivité, et le support mutuel entre artistes.

III.

Nous pensons que toutes les expositions, dont celles où il y a une liste de présélection, devraient inclure une rémunération pour les artistes. De plus, les discussions avec les artistes, les panels, et les discussions publiques devraient aussi inclure des rémunérations. Les artistes contribuent grandement au prestige de ce prix, et leur travail, comme toute autre forme de travail, doit être rémunéré de manière proportionnelle.

Le fait que le Preis der Nationalgalerie n’a aucune valeur monétaire, et que les expositions et les discussions publiques avec ses nominé-es n’incluent pas de rémunérations, signifie que les artistes ne sont récompensé-es que par la promesse d’une plus grande visibilité. Il y a un postulat sous-entendu : les participant-es seront probablement rémunéré-es par le marché du fait d’avoir été nominé-es pour ou d’avoir gagné le prix. En tant qu’artistes, nous savons que ce n’est pas toujours le cas. La logique des artistes travaillant pour la visibilité se nourrit directement de la normalisation des structures salariales non-régulées dans le domaine des arts, ainsi que dans l’expansion du pouvoir du secteur commercial qui surpasse tous les aspects du milieu.

Enfin, nous sommes disposées à discuter de ces problèmes avec le musée, ses ami-es et sponsors, et toutes les parties prenantes nécessaires, dont les précédent-es nominé-es, dans l’espoir qu’ensemble nous puissions améliorer la situation pour les futures itérations du prix. Nous espérons que cette discussion pourra éventuellement être utilisée comme modèle pour aborder d’autre événements similaires dans le domaine des arts.

—Sol Calero, Iman Issa, Jumana Manna, et Agnieszka Polska

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